20 mai 2013

Lectures de mai


Deux livres lus ces derniers jours (au coin du feu ahem ...). Deux voix de femmes, l'une blanche, l'autre noire. Deux voix de l'Amérique. Deux styles très différents. Toni Morrison rôde autour de son sujet, vous enveloppe, vous fait respirer de grandes bouffées d'humanité. Joyce Carol Oates dissèque les coeurs au scalpel, mène son histoire sur la brèche et, comme souvent dans ses livres,  conduie ses personnages au bord d'eux-mêmes. Les deux nous parlent d'intuition  et de secrets enfouis.

Dans "Zarbie les yeux verts" (roman pour ados) , il est question d'une jeune fille qui voit son père et sa mère se séparer. Le père, puissant animateur sportif à la télé, exerce une pression terrible sur son épouse et ses enfants. Dans ce récit assez court, il sera question de choix à faire entre deux parents, de cette petite voix qui vient titiller les certitudes, des apparences et de l'amour d'une mère. La voix de l'adolescence est parfaitement restituée, ce moment où l'on se construit et où le monde s'articule entre "le bien" et "le mal".
(j'ai préféré le lire avant Marius car la fin est dure, on peut en parler après...)

Dans "Home", Toni Morrison raconte le retour à la maison "le pire endroit du monde" de Franck un  soldat qui a fait la guerre de Corée. Franck revient pour sauver sa soeur Cee des mains d'un médecin. Ce roman est construit comme un long poème. La voix de Toni Morriso nous parle d'une voix à la fois douce et nette de ségrégation et des horreurs de la guerre, d'humiliation et de bonté, des fantômes et des mains qui soignent.
 "Ici se dresse un homme", écrit Frank sur une tombe fraîchement creusée, symbole d'un devoir accompli pour pouvoir enfin pousser la porte de chez lui. Home est un conte et un tombeau : celui d'êtres humains que Toni Morrison fait revivre et s'exprimer pour qu'ils ne restent pas des fantômes oubliés, des ombres, des morts en attente de sépulture. Pour qu'ils soient vivants. (in L'express)