11 oct. 2012

A voix nue





J'entends des voix. Ne vous moquez pas. Elles viennent me chercher au saut du lit. Des voix connues. Des voix d'inconnus. Mais ne connaît-on pas quelqu'un, même qu'on a jamais vu, quand on reconnaît sa voix ?
J'entends sa voix. Celle de ma Kheira, partie au ciel ma Dada d'Algérie, rejoindre l'homme aux haricots verts. Vingt ans que je ne l'avais pas entendue et elle est venue me cueillir là un matin, sa voix nette et précise pour me dire qu'elle n'avait pas lâché ma main, qu'elle vieillait au loin. Ses phrases sont revenues d'un coup, comme un poème. Ses mots et sa voix.
J'entends la voix de Kriss qui me manque sur Inter, comme la voix de Lenoir, carresse et bises à l'oeil. Ces voix qui m'ont bercé le soir, les dimanches trop longs, l'oreille collée au poste. Les voix qui vous tiennent compagnie quand la vie vous met hors-champ.
J'entends la voix de Mathieu Bogaerts le midi dans l'Itruc. Je marche ou je tricote et il chante "Tiens on dirait qu'ça pleut" ou "Avant que je m'ennuie"... Ce type a une voix sensuelle c'est fou. Sexuelle même. Vous me direz un homme qui chante nu dans une forêt ça ne peut que te plaire...
J'entends des voix. Celle de Ruben la nuit qui se réveille et m'appelle tout doucememt pour savoir s'il y a école demain. Celle de Marius qui change. "Il prend sa voix d'homme" m'a dit une amie et je pense au Journal d'un corps de Pennac lu cet été. Le livre à offrir à toutes les femmes, à toutes les mères. 
J'entends sa voix, celle de ma Kheira. 
Comme une berceuse au creux de mes oreilles. 
Mieux que ça même. 
Un souffle de vie.
Octobre 2012. 
Tu es au ciel mais la vie souffle à mes oreilles.