26 juin 2012

L'enfant et la rivière

 





"Car, tournant le dos au rivage, je ne voyais plus devant moi que la rivière. Elle glissait. Plus loin, en aval, l'île, prise dans les premiers rayons du jour, commençait à sortir des brumes matinales. Peupliers, ormes et bouleaux formaient une masse confuse d'où peu à peu se détachaient de grands pans de feuillages qui prenaient la lumière. A la pointe, un roc bleu émergeait au-dessus de l'eau, qu'il brisait avec violence. Et l'eau bouillonnait de colère. Mais la rive de l'île était si rose et, sous une légère brise, il en venait de tels parfums d'arbres, de plantes et de fleurs sauvages, que j'étais saisi d'émerveillement. De nouveau, comme l'autre soir, entre les arbres monta la fumée.
"C'est Bargabot qui fait du feu, pensai-je, il a dû pêcher cette nuit" ... Que n'étais-je dans l'île? J'en rêvais...
La barque restait immobile. Pas un courant visible n'atteignait ce petit havre où je me sentais à l'abri. Je pouvais m'y abandonner à la contemplation des eaux glissantes et silencieuses dont le mouvement me fascinait..."


Henri Bosco
L'enfant et la rivière - L'île - 


Hier en observant Ruben jouer sur son île, je me suis souvenue de ce livre, de mon émotion d'enfant à sa lecture. Et ça m'a rempli de joie.