23 nov. 2011

Marguerite for ever


Marguerite Duras par Richard Avedon


Ce matin, j'ai entendu la voix de Marguerite qui disait :
"Il n’y aura plus que ça, la demande sera telle que… il n’y aura plus que des réponses, tous les textes seront des réponses en somme. Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information, dans une information constante. Sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. C’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire. Ils verront de la télévision, on aura des postes partout, dans la cuisine, dans les water closets, dans les bureaux, dans les rues… Où sera-t-on ? Tandis qu’on regarde la télévision où est-on ? On n’est pas seul. On ne voyagera plus, ce ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du Monde en huit jours ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage il y a le temps du voyage. C’est pas voir vite, c’est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage ; ça ne sera plus possible. Tout sera bouché. Tout sera investi.
Il restera la mer quand même. Les océans. Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme un jour il lira. Tout recommencera. On repassera par la gratuité. C’est à dire que les réponses à ce moment-là, elles seront moins écoutées. Ça commencera comme ça, par une indiscipline, un risque pris par l’homme envers lui-même. Un jour il sera seul de nouveau avec son malheur, et son bonheur, mais qui lui viendront de lui-même.
Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir, c’est très possible. Espérons qu’il y en aura encore.
Je me souviens avoir lu dans un… le livre d’un auteur allemand de l’Entre-deux-guerres, je me souviens du titre, Le dernier civil, de Ernst Glaeser, ça, j’avais lu ça, que lorsque la liberté aurait déserté le monde, il resterait toujours un homme pour en rêver.
Je crois… Je crois que c’est déjà commencé même."
Ce matin je me suis souvenue que pour moi, il y a encore six mois, le triple A c'était le nom de l'andouillette que je mettais dans mes galettes.
J'ai éteint la voix de Copé qui crisait bien trop fort 
J'ai pensé à ceux qui prennent des risques, des vrais, pour leur liberté
Je me suis dit que décidemement je détestais novembre
J'ai regardé le soleil rose se lever et je me suis dit 
qu'il fallait que je commence 2012 sur une plage.  


Marguerite Duras, à propos de l’an 2000. 25 septembre 1985. Document INA. à voir ici sur le site de l'INA : http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/grandes-dates/video/I04275518/marguerite-duras-a-propos-de-l-an-2000.fr.html