27 sept. 2011

Les livres du vide, de l'ennui et du jour où...

ça fait des semaines que je me dis que je vais publier ce billet pour partager mes lectures d'été. L'automne est là. Pour parler de la vie ici, du cinéma, je n'ai pas peur des mots mais pour parler des livres, sans qui je ne pourrais vivre, j'ai toujours peur d'être en dessous du plaisir qu'ils m'ont apporté.


"Les trois lumières" de Claire Keegan
Je l'avais repéré dans un Elle et Anne a eu la gentillesse de me l'offrir.
Par une radieuse journée d'été, un père emmène sa fillette dans une ferme du Wexford, au fond de l'Irlande rurale. Le séjour de la fillette va durer. Avec ses yeux, on va demander qui sont ces gens qui l'accueillent, lui prêtent les vêtements d'un petit garçon, quel est ce mystère qui entoure le point d'eau. Ce récit court est rempli du vide des paysages, du temps suspendu et d'un malaise latent. Une nuit sur les dunes tout bascule, les réserves tombent.  Laissez-vous emporter.

"Quand on regarde bien les deux petites lumières qui brillent au loin, on en devine une troisième qui fait le lien."




"Le magasin des suicides" de Jean Teulé
Dans la vie des Tuvache, propriétaires du magasin des suicides, les jours passent avec une idée en tête : faciliter le suicide d'autrui et être le moins heureux possible. Un jour tout bascule, un troisième enfant arrive. Il a le don de la joie de vivre, rien de pouvait arriver de pire...
J'ai ri, vraiment. Autant "Charlie 9" du même auteur ne m'a pas emballé, autant "Ce magasin des suicides" est jubilatoire !


"Le goût âpre des kakis" de Zoya Pirzâd 
Agnès m' a envoyé ce livre en me disant qu'il devrait me plaire et je l'ai dévoré. Depuis j'ai envie de lire toute l'oeuvre de cette auteur iranienne. C'est un recueil de nouvelles, des histoires qui tournent autour de la fin d'un amour, du temps qui passe, de ces petits riens qui deviennent un jour insupportables, insurmontables.  En quelques lignes, Zoya Pirzâd arrive à créer une intimité avec ses personnages,  les lieux, les odeurs, la lumière. L'écriture est à la fois précise, poétique et sensuelle, elle vous habite.

"Quand Madjid fut sorti, Simine observa quelques instants la couverture du Time où l'on voyait la photo d'une famille en noir et blanc : un nouveau-né dans les bras de sa mère et le grand frère tenant son père d'une main, de l'autre un ours en peluche. Sur le sol jonché de ravais et de briques étaient posées deux valises; en arrière plan, un immeuble détruit. La légende de  la photo disait : "Berlin, 1945". Simine s'effondra sur la table de la cuisine en pleurant."




Miss Charity de Marie-Aude Murail
Le livre que tout le monde avait lu sauf moi.
Miss Charity retrace, brode, la vie de Beatrix Potter, petite fille qui recueille les animaux, observe la nature avec des yeux comme des microscopes... Ces observations attentives nourrissent sa passion : le dessin.
Miss Charity, je ne suis pas prête d'oublier votre solitude,  votre ménagerie, votre bonne complètement folle, les paysages de la campagne anglaise et vos élans amoureux.  Votre volonté d'être une femme libre. Durant ce roman, on vous voit grandir et  vous dresser petit à petit contre  l'ordre établi (à commencer par votre mère et votre éditeur).
La vie de Beatrix Potter, si féminine par le trait, si féministe par l'esprit.

"Elle est folle : elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles !"