22 avr. 2010

Lectures



Une fois le livre fermé, dans les heures, les jours qui suivent, je ne me rappelle plus du nom des personnages et souvent même de l'auteur ou du titre... Dans ma mémoire, sous mes paupières, restent juste graver des scènes, des images, des sensations. Cela m'étonne toujours de moi-même, comment puis-je être autant dans le livre et dans mes pensées ?

Du livre de Christophe Bataille "Annam", je me souviens d'une écriture ciselée, rare. D'un récit très court, un peu âpre, qui vous emporte sur un bateau puis au Viet-Nam avec des soldats et des missionnaires quelques temps avec la Révolution française. Dans ce nouveau pays à convertir, les missionnaires vont être oubliés de tous. J'ai eu chaud avec eux, j'ai eu peur, j'ai vu la jungle et les montagnes, les Vietnamiens qui prient le Dieu qu'on leur a apporté et leurs Dieux. Et surtout, surtout, j'ai été incroyablement émue par la fin de ce roman, d'une luminosité qui balaye tout le reste du récit. Non plutôt qui l'éclaire tellement qu'une fois le livre fermé on se dit qu'on vient de passer un moment rare.

Du livre de Mary R. Ellis "Wisconsin", je me souviens de la nature si présente presque palpable qui entoure la ferme où vit la famille Lucas et où va grandir Bill et ses blessures. Il y a beaucoup de blessés dans ce roman : le frère de Bill, Charlie qui s'engage pour la guerre du Viet-nam  pour échapper aux coups de son père, la mère de Bill qui est en mille morceaux à l'intérieur depuis tellement longtemps, les voisins de la famille Lucas murés dans le silence et Bill, ce petit garçon que l'on voit grandir si fragile. Au court du récit, il y aura un rire dans la nuit, un rire tellement fort et sonore, qu'il va changer - sauver ? - deux vies. Il y aura aussi deux crises de larmes, deux crises qui viennent tellement de loin qu'elles vont ramener deux hommes à la vie. Il y a un cerf majestueux, des bouteilles enterrées, un chien sauvé du fossé, des femmes qui gardent des secrets, un père qui meurt et deux qui naissent...Il y a aussi l'odeur du Wisconsin et un fantôme qui fait bien son travail. 
Au dos du livre, le critique dit qu'il serait prêt à se fâcher avec ceux qui n'aimeront pas ce roman et je le comprends. 

Du livre de Milena Agus " Battement d'ailes", je revois la grande maison de Madame en Sardaigne. Je sens le maquis qui l'entoure et la mer au bout du chemin escarpé. Milena Agus a le chic pour les portraits de femmes "border line". Una pazza, une folle ?, cette Madame qui tient tête aux promoteurs qui veulent acheter sa maison pour la raser et faire un complexe, qui refuse cette richesse et préfère se tailler des robes dans de vieux draps, qui s'offre à des amants qui l'ignorent, qui invente des sortilèges amoureux ? Una pazza, cette jeune fille qui voit son père volé dans ses draps la nuit ? Uno pazzo ce jeune garçon de bonne famille qui ne vit que pour la musique alors que toute sa famille le croit ingénieur ? Dans ce roman, il y a pourtant un sage, le grand-père de la narratrice qui sait que la roue finit toujours par tourner. Il suffit d'attendre le battement d'ailes.