5 mars 2010

Au bord


Il y a des livres que l’on a peur de lire. Peur des mots sur la couverture, peur de l’histoire. Et pourtant on a envie de les lire.
J’avais peur de ces mots « chagrin et mort » dans le dernier livre de Jean-Claude Mourlevat. Je l’avais acheté à Marius à Noël pour l’avoir sous la main. J’avais peur qu’il me porte malheur comme ce film  que je n’ai jamais pu  voir car à chaque fois il a fallu partir à l’hôpital. C’est idiot je sais cette magie que je donne aux choses. « La vie de la magie c’est la vie de l’enfance », j’ai entendu ça l’autre jour sur France Culture et j’ai souris.
Je me tenais au bord du « Chagrin du roi mort » depuis des mois comme je me tenais au bord du livre d’Emmanuel Carrère « D’autres vies que la mienne » car il y était question de la mort d’un enfant et que cela fait bien longtemps que je ne pouvais plus lire un livre abordant ce drame.
Je me tenais au bord.
Et deux événements ont fait que je me suis lancée.
Il y a eu le voyage de Marius en Finlande. Je savais au fond de moi que ce voyage venait à point. Qu’il allait nous permettre de retrouver nos ailes. Bien sûr je continuerai toute ma vie à voler à son secours s’il en a besoin, à veiller sur lui comme une mère poule italienne mais nos ailes se sont déliées. Il pouvait vivre sans moi, je pouvais vivre le sachant heureux sous un autre toit, j’allais écrire - sans vérifier qu’il respire ( !) -.
Il y a eu ces dix jours pour grandir et  la mort de K. juste avant ses 15 ans d’une rechute de cancer trois jours avant le retour de Marius. Une mort qui m’a plongé dans une très grande tristesse mais où je ne me suis pas projetée. J’étais au côté de sa maman, simplement, sans avoir peur pour mon enfant. Pour la première fois.
J’ai commencé « Le chagrin du roi mort », ce livre n’était pas maudit. Il est même très beau. On y croise des frères et des sorcières, une grande bibliothèque et des étendues glacières, on y parle la langue du cœur entre Petite et Grande Terre.
Il était temps de partir à la rencontre des autres vies. Celles des parents de Juliette noyée dans le Tsunami, celles de la famille et des amis de la belle-sœur d’Emmanuel Carrère emportée par une rechute de cancer. C’est en écrivant leurs histoires, en écoutant les mots pour dire une fille, une mère, une amie, une collègue, une sœur, etc., que l’auteur s’est ancré lui-même dans sa propre vie. J’ai fermé ce livre en ayant vécu des émotions très forte mais sans cauchemar après.
Au fond des étendues gelées, au fond des cœurs abîmés, il y a, il y aura, un jour, une petite lumière, comme une caresse de soleil un matin d’hiver, comme la première rosée, la première framboise, un infime fragment de vie qui vous rattrape.