24 févr. 2010

La vie héroïque de l'oiseau lyre

Un et un, deux, deux et deux quatre, répétez dit le maître...
Le comptable parlait, nous montrait des colonnes d'actifs et de passifs et je regardais la pluie par la fenêtre. C'était donc ça le dernier rendez-vous, l'ultime bilan après dix ans d'activité... J'observais Mister Wood du coin de l'oeil. La fermeture de sa petite entreprise fin décembre pour limiter la casse de la crise représentait autre chose à nos yeux qu'un tableau d'amortissement. 
Un et un deux, deux et deux quatre... Notre pauvre comptable avait le sourire compatissant pour nous expliquer que malgré tout l'addition serait salée. Il calculait, expliquait, me tendait des papiers et je regardais le ciel...
Il faisait nuit et une pluie torrentielle inondait les trottoirs quand nous sommes sortis.
"Allez viens on va manger, on va au ciné...on va oublier..." 
On a mangé en amoureux et bu du bon vin blanc. On s'est réfugié devant "Gainsbourg, vie héroïque" de Joann Sfar. Et dès les premières minutes j'ai adoré. On s'est serré fort. On a rit. On a été ébloui par les trouvailles dans la mise en scène. 
En sortant il ne pleuvait plus, on s'est perdu pour retourner à la voiture. Je crois qu'on avait envie de parler, de partager nos émotions en marchant d'un pas léger, en mélangeant nos enthousiasmes, en chantant la Javanaise, Melody Nelson et  Bonnie and Clyde... 
Ce film n'est pas qu'un biopic réussi c'est une chanson d'amour au cinéma et à l'art, un regard tendre et grinçant sur les cailloux qu'on se trimballe et qui font les artistes...Un film intelligent et émouvant. 
Oubliées les leçons de comptabilité, l'oiseau lyre était passé dans le ciel. 
Je savais qu'on aurait longtemps encore les poches vides mais les yeux pleins de rêves et son bras autour de ma taille.