1 févr. 2010

Voyages immobiles d'hiver



J’ai commencé l’hiver  avec les « Braises » de Sandor Marai dans un château du royaume austro-hongrois. J’ai écouté la vie de deux vieux amis qui se retrouvent. L’un attend l’autre dans son château, il n’a pas bougé, il a réfléchi pendant que son ami a fui à l’autre bout du monde. Tous les mots ont un poids après 41 ans de séparation : l’engagement, l’honneur, l’amitié, l’amour, la trahison. Le feu s’éteint et les comptes se règlent. On touche à l’universel.

J’ai quitté le château et ses silences pour le Japon et les non-dits de Marie dans « Faire l’amour » de Jean-Philippe Toussaint. J’ai aimé voir Tokyo à leurs pieds dans cette grande chambre d’hôtel. J’ai senti la
blessure de deux corps qui s’aiment et se séparent en même temps. J’ai déambulé avec eux dans la neige et la nuit…J’ai eu du mal à suivre le narrateur à Shangaï dans « Fuir », puis dans Paris dans « La vérité sur
Marie », j’ai préféré les retrouver sur l’Ile d’Elbe désunis mais si proches. Les parfums de l’Ile, l’importance de la mer, de la lumière, de la maison du père de Marie, forment un lieu aussi magique que la nuit
tokyoide. Un lieu dans lequel Marie et le narrateur sont infiniment fragiles et touchants.

J’ai laissé les amants pour foncer dans le bush australien avec « Cul de sac » de Douglas Kennedy. Nick son « héros looser » m’a emmené dans le désert profond, m’a entraîné dans un village où l’on vit coupé du monde
pour le pire. Comment une société qui s’enferme sur elle-même devient totalitaire et monstrueuse…J’ai tourné les pages très vite, il fallait que je respire…comme Nick. Un roman "barré" et addictif.

Du bush à l’Afrique, j’ai traversé les océans pour « Mon petit cœur imbécile » de Xavier-Laurent Petit. Un roman jeunesse d’une grande sensibilité. Pendant que Sisanda compte les battements de son cœur et ses
jours de vie, sa mère s’entraîne au marathon pour gagner la somme nécessaire pour la faire opérer. C’est beau et sans pathos, c’est le regarde de Sisanda sur la vie et la maladie. C'est l’amour d'une mère, une gazelle prête à tout pour sauver son enfant.


Merci à Anne Bla-bla, à Juliette et à Audrey.